Bien sûr, tout ce qui est dit ici est subjectif, et je ne
garantis aucune information!
Reiser, c'est quoi? Chez Reiser il y a du dessin, de l'humour, des dialogues, des histoires et des gags, et des idées. Que demander de plus?
On trouve très peu de Reiser sur internet. Quelques dessins ici. Je n'ai pas été le seul à m'apercevoir de cette absence, depuis le début de l'an 2000 y'a aussi cette page.
L'humour de Reiser est comme celui de Franquin: il s'appuie sur un dessin non-réaliste
mais très expressif, et sur des dialogues extrêmement justes. Comme chez Franquin, ses
personnages sont crédibles, ils s'énervent ou sont calmes, mais ne sont pas d'une seule
pièce. Les différences avec Franquin? Le dessin, les thèmes abordés, le support
(organisation des bandes), le public visé. Les points communs? On sent derrière son
dessin quelqu'un de sympathique, qui mêle humour et idées, avec une observation des gens
qui l'entourent qui lui permet de composer des personnages caricaturaux mais réels;
également un art des dialogues, qui conduisent le lecteur à les oublier alors qu'ils
font la force de la BD.
Ses héros sont comme les gens qu'il côtoie: ils n'ont pas beaucoup d'argent, viennent de
milieux modestes. Leur priorité est d'être heureux, ils aiment faire la fête, ils
aiment la bouffe, la boisson et la baise. Ils sont très français, très fêtards. Ils
parlent librement de tout ce qui leur passe par la tête. Ils parlent de sexe sans être
pornographiques (on n'est pas chez Manara!), parlent d'idées sans être universitaires,
parlent de guerre sans être sérieux, et critiquent souvent ceux qui devraient savoir
mieux (les architectes, les grands décideurs, les grands ingénieurs, les généraux).
Contrairement aux personnages de Wolinski, ils bossent pendant les heures ouvrables, et
ils sont moins bavards. Ils sont plus populaires que chez Brétécher. Ils sont plus
réels que chez Gébé. Ils sont moins militants que chez Cabu.
Le dessin de Reiser, non ce n'est pas du n'importe quoi. Avec un trait Reiser exprime plus que le dessinateur de XIII en toute une carrière. Il arrive à représenter des gens, des objets, des animaux, voire des concepts, des paysages et de l'architecture, en allant toujours droit à l'essentiel, et en gardant malgré l'épure le détail qui fera rire, et celui qui rendra le personnage consistant et attachant.
Reiser est un être d'exception, et ça se voit. Il est intéressé par tout,
extrêmement ouvert, tout lui inspire des idées, et quand une idée lui plaît il en
parle. Il ne peut pas aller au marché sans se poser des questions sur les fraises, il ne
peut pas parler d'une catastrophe écologique sans évoquer les moyens de l'éviter.
Mais alors, c'est un dessinateur chiant? Pas du tout, même dans ses bandes les plus
militantes (sur l'energie solaire par exemple) l'humour est omniprésent. Mais alors il ne
parle que d'idées? Au contraire, il ne parle que de gens! Des petits personnages
émaillent ses discours théoriques, et sa description d'un concept nouveau est toujours
en rapport avec les conséquences sur la vie des gens.
Reiser aime tous ses personnages. Prenez Cabu, il aime les babs et pas les militaires,
donc dans ses bandes les babs sont sympas et les militaires sont cons. C'est simple et
facile. Dans Reiser, meme un con a droit à la comprehension de l'auteur, la pire des
ordures est un personnage entier.
Idéologiquement, ses bandes sont avant tout populaires, on y célèbre notamment les
fêtes basiques, bouffe et pinard à profusion, les plaisirs simples (rester au lit un
dimanche, avec des croissants parfois...). On n'y rejette pas l'Etat, mais les petits
fonctionnaires, on se marre devant les malheurs des riches, des princes et des bourgeois.
Il est très attaché à l'écologie, il recherche toujours le moyen de concilier le mythe
rousseauiste et la vie pratique, de se rapprocher de la nature de manière calculée plus
qu'utopique. Il aime apprendre et faire partager ses découvertes, que ce soit des
technologies innovantes (l'énergie solaire) ou des méthodes traditionnelles à
redécouvrir (le boulier!). Il cherche des solutions autres que celles qu'il estime
nocives: il n'aime ni le pétrole, ni le bitume, ni l'énergie atomique.
Il s'inscrit complètement dans la pensée "libérée" et bab' des années 70,
mais avec un recul, une argumentation et une humanité qui lui permettent de rester
crédible et d'actualité. A mon avis, il a par exemple moins vieilli que Gébé (dont
j'adore par ailleurs le dessin). Et surtout, quand il s'intéresse à une idée, il la
redécouvre avec un point de vue assez nouveau pour que le lecteur la redécouvre avec
lui.
Quelques exemples d'idées farfelues:
- transformer les eglises en piscines
- utiliser les rats pour transformer les ordures ménagères en sacs à mains en croco
- installer une pissotière chez soi pour arroser les plantes
- intaller un aquarium sous les toilettes
- transformer les amendes pour stationnement interdit en loto aux voitures
- inventer Air Cra-Cra, le charter ultime, et "tout le monde à poil" contre le
terrorisme
Ses idées sont toujours originales, à la fois délirantes et vaguement crédibles, toujours argumentées, toujours humoristiquement illustrées.
Contrairement à beaucoup de ses contemporains (cabu, choron, wolinski,...), Reiser n'est pas un mysogyne. C'est le seul auteur de BDs (avec Brétécher!) qui fait des bandes tellement justes et tellement subtiles sur les femmes qu'elles auraient pû être écrites par une femme.
"Quand un homme est con, vraiment con, il est con sur toute la ligne.
Quand une femme est con, vraiment con, elle restera quand même maligne.
C'est pour ça qu'un jour, les hommes finiront par se faire avoir!"
(Philosophie à la Petite Semaine, dans je-sais-plus-quel-album)
Trouvé sur le W3....
"Le 13 Avril 1941
Naît le petit Reiser. Livreur chez Nicolas, il publie quelques dessins pour le
journal interne de son employeur. Il place également des illustrations dans
"Blagues", "Cordées" et "Le Baladin de Paris". En 1960, il
fait partie de l'équipe fondatrice de "Hara-Kiri", dont il devient l'un des
plus prolifiques auteurs. Outre ses nombreuses collaborations au journal bête et
méchant, il publie également dans les autres revues des "Editions du
Square" : "Charlie Hebdo", "Charlie Mensuel", "La Gueule
Ouverte", "BD". Son humour cruel, impitoyable, mordant, fait mouche à
chaque coup. Il invente un style simple, extraordinairement expressif, à l'efficacité
redoutable. En parallèle, il publie de nombreux dessins dans la presse française et,
après la saisie d'Hara-Kiri, en 1966, il entre à "Pilote". Il y conçoit une
quantité innombrable de gags et récits complets pour une quantité tout aussi
innombrable de dessinateurs, parmi lesquels Gotlib, Chakir, Alexis, Mézières, Mandryka,
Cabu, Pouzet, etc. Il reprend sa collaboration à "Hara-Kiri" en 1967 jusqu'à
l'interdiction d' "Hara-Kiri Hebdo" en 1970 (Pour la mort de De Gaulle, et
faisant allusion au dramatique incendie dans une boîte de nuit où des dizaines
d'adolescents avaient trouvé la mort, le journal avait titré "Bal tragique à
Colombey : un mort" - ce qui entraîna sa mise à mort par le ministre de
l'Intérieur, Marcellin). Il se tourne alors vers le "Monde", "Actuel"
et d'autres revues. C'est en 1981 qu'il entre au "Nouvel Obs". Avec Coluche, il
racontera également les "Sales Blagues" dans "L'Echo des Savanes".
Jean-Marc Reiser, décédé à quarante deux ans, laisse une oeuvre considérable. Son
style et ses outrances ont eu une influence majeure sur les humoristes de son temps.
Militant, humaniste, tendre et cruel à la fois, passionné, écologiste avant la mode, il
s'enflammait pour les causes qu'il croyait justes et envoyait des giclées de vitriol sur
ce qu'il honnissait : la bêtise, l'armée, les uniformes, les imbéciles, les racistes,
les religions, les politiciens. Parmi les incontournables albums de cet irremplaçable
humoriste - qui tracent un portrait sans concession de la France des années 60 et 70 -
l'immortel "Gros Dégueulasse" témoigne de l'émotion et de la poésie qu'il
était capable de placer dans des personnages rendus abjects par l'existence. Son
intégrale est publiée chez Albin Michel."
Allez, de mémoire et dans le désordre...
On Vit Une Epoque Formidable! Très bon, voire le meilleur, souvent des
bandes mêlant petites histoires et reflexions, de formats variés.
Vive Les Femmes! Très bon, même veine que le précédent.
Le Gros Degueulasse Très bon, emblématique, original, icônoclaste et
optimiste... sauf la fin.
Mon Papa Le premier album, dessin très dépouillé (quasiment du
Sempé), plus orienté vers le gag que les autres albums.
La Vie Des Bêtes Souvent des dessins pleine page, avec ou sans paroles.
La Vie Au Grand Air Souvent des histoires sans paroles, espèces de
fabliaux mêlant animaux et humains primitifs.
Ils Sont Moches! Sur le thème des vacances, les pédalos, les caravanes,
les plages, les frites,...
Jeanine Le gros dégueulasse version femme, complètement amorale, mère
indigne et ménagère étonnante!
Oreilles Rouges Des bandes sur un gosse pas gâté, obsédé et
incompris, drôles et souvent muettes.
Les Copines Plus salé, un regard très feminin sur les vacances, les
mecs, le sexe, la vie.
La Famille Oboulot En Vacances Compilation de bandes sur une famille
classique, thème et format différents des autres albums.
Fous d'Amour A ne pas mettre entre toutes les mains, comme on dit!
Les albums posthumes, compilations de dessins et de bandes parus dans les journaux mais
pas édités en album avant sa mort... On y trouve des bandes indispensables et des
couvertures hilarantes, et aussi des argumentaires assez techniques, notamment pour les
énergies alternatives. On s'y aperçoit qu'il a très bien vieilli, voire pas vieilli du
tout (manifs lycéennes, guerres, crises boursières,...). Et on y lit des préfaces de
gens qui en parlent comme moi, mais mieux!
On Est Passés à Côté Du Bonheur
Ils Sont Pas Plus Forts Que Nous
...etc (il en sort un par an, je ne suis même pas sûr d'avoir tout suivi!)
A oublier un album posthume de blagues, co-signé avec Coluche, et à mon avis ce qu'il a fait de plus mauvais. J'aime autant Vuillemin pour les Sales Blagues De L'Echo.